La Migraine princesse parmi les céphalées


La migraine est un mal de mieux en mieux connu et un des plus handicapant. Selon l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale en 2011 (INSERM), 11 Millions de personnes en France souffrent de migraines régulières. En 2021, L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) répertorie une atteinte de 40% de la population mondiale par la migraine et souligne qu’elle est la troisième cause d’année de vie ajustée (DALY) au niveau mondial (OMS 2025). Le classement DALY « permet d'estimer le nombre d'années de vie en bonne santé, perdues à cause d'une incapacité ou d'un décès prématuré avec des multiples facteurs à tenir compte » (Presses ESHEP). Elle est également classée comme la deuxième pathologie la plus handicapante au rang mondial, (socio-professionnels, physiques, risques de complications au long terme…) (OMS 2025).


       Maintenant que nous avons conscience de son impact, il est important, notamment pour les personnes migraineuses, de comprendre son fonctionnement, de se l’approprier pour mettre en place des solutions pérennes afin de limiter l’impact des migraines sur nos vies.

        Je détaillerais donc dans un premier temps la définition de la migraine, sa physiopathologie, son étiologie pour ensuite donner des explications et des précisions sur l’utilisation des traitements (selon les bonnes pratiques et les recommandations actuelles), et la mise en place de solution non médicamenteuse, dont l’ostéopathie peut faire partie.

 

I. Migraine et céphalées :

La migraine est catégorisée comme une céphalée. Cette dernière se définit comme un « mal de tête », autrement dit, elle « correspond à toute plainte douloureuse centrée sur la région crânienne. » (AMELI). La migraine est une céphalée dite primaire (MSD Manuels, 2025), elle n’est causée par aucun autre trouble, elle est le trouble, nous y retrouvons aussi les céphalées de tensions (les plus communes) et les algies vasculaires de la face (les plus douloureuses). Par opposition, la céphalée secondaire, se déclare à la suite d’une autre pathologie (tumeur crânienne par exemple).


II. Particularités de la Migraine :

                  Les informations contenues dans ce chapitre sont tirées du dossier Migraine de l’INSERM et de l’article du MSD Manuel sur la migraine.

II. 1. Symptomatologies de la migraine :


II. 1. I Tableau clinique typique :


        Selon MSD Manuels et l’INSERM, la migraine est une pathologie chronique avec des épisodes aiguës. Autrement dit, une personne migraineuse fera des migraines tout au long de sa vie.

Une migraine est décrite comme étant une céphalée pulsatile, accompagnée de douleur à la lumière (photophobie) et de douleur au bruit (phonophobie). Elle peut également être accompagnée de nausées et vomissements. Elle est aggravée par l’activité physique.

       La douleur peut être unilatérale, frontale, bilatérale ou péri-orbitaire, d’une intensité modérée à sévère. Une crise migraineuse dure entre 4 et 72h. Nous pouvons retrouver des symptômes annonciateurs de la migraine comme une fatigue intense, de l’irritabilité et des douleurs cervicales.

       Certains migraineux peuvent avoir ce que l’on nomme une aura migraineuse avant de déclencher la céphalée. Nous distinguons deux types de migraines : la migraine sans aura et celle avec aura.

       Cette aura se caractérise par une arrivée progressive de différents symptômes neurologiques. Nous pouvons retrouver une modification voire une occultation du champ de vision, une vision floue, des difficultés d’élocution, des engourdissements, une altération de la sensibilité, un déficit moteur, voir des troubles de l’équilibre. Ces symptômes sont réversibles et temporaires. L’aura dure entre 15 min et 30 min, elle précède la céphalée. Certaines personnes peuvent déclencher une aura sans céphalée.

      Ce sont ces caractéristiques qui différencient l’aura migraineuse de l’accident vasculaire. Les symptômes de l’aura s’installent progressivement comme la céphalée migraineuse, a l’instar de l’accident vasculaire ou les déficits neurologiques ont une

arrivée brutale tout comme la douleur. En cas de doute sur l’installation des symptômes et la suspicion d’un accident vasculaire ischémique ou hémorragique, il est impératif d’appeler le 15.

 

II. 1. II Tableau clinique atypique :


      Il est important de considérer que certaines migraines présentent un tableau clinique relativement atypique. Nous pouvons notamment citer la migraine abdominale. Préférentiellement présente chez les enfants, les symptômes caractéristiques de cette migraine sont la douleur abdominale, nausées, vomissements et vertiges.

      Il existe également la migraine cataméniale, elle survient deux jours avant ou trois jours après le début des règles et est associée à la chute d’œstrogène. Sa stricte définition correspond uniquement à 7% des femmes migraineuses. Cependant les migraines liées au cycle, et qui se déclenchent à n’importe quel moment des menstruations, sont-elles plus fréquentes.

       Une autre forme de migraine relativement rare est la migraine hémiplégique familiale, elle est majoritairement génétique et peut inclure une faiblesse d’un côté du corps. Les symptômes de la migraine demeurent différentes d’un membre de la famille à l’autre.

       Enfin, nous connaissons également des migraines avec un aura situé sur le tronc cérébral. La symptomatologie sera également similaire à un AVC touchant cette zone. Cela signifie que la personne peut avoir des vertiges, une difficulté à coordonner ses mouvements, des acouphènes, des difficultés à parler voire être somnolent, moins réactif qu’à l’habituel.

       Cependant les épisodes de migraines ne seront jamais les mêmes en fonction des individus et peu probable qu’elles soient provoquées par les même facteurs pour le même individu.

 

II. 2. Physiopathologie :

II.2.I Mécanisme migraineux et apparition de l’aura :

L’INSERM rappelle que les mécanismes de la migraine ne sont pas encore tous connus. La recherche médicale à mis en avant une certaine hyperexcitabilité neuronale, donc une sensibilité aux stimuli de la personne migraineuse. À la suite d'un stimulus, ce dernier va subir une « Dépression Corticale Envahissante » (DPE). C’est un influx nerveux, une décharge électrique, envoyé par le cortex cérébral, qui va venir toucher les zones cérébrales d’arrière en avant du cerveau. Les zones principalement touchées sont celles régulant, la vision, les sensations, l’équilibre, la coordination musculaire et la parole. Cette description correspond à l’aura migraineuse développé plus tôt. Nous retrouvons la même description sur MSD manuels.


      La recherche souligne la participation de l’hypothalamus dans le phénomène de la migraine mais ne peut encore déterminer son implication réelle dans ce processus. Ce dernier gère essentiellement les hormones sexuelles, dont les oestrogènes et la progestérone.


II. 2. II. Apparition céphalée migraineuse :


     La céphalée migraineuse se déclare suite à la stimulation du ganglion nerveux trigéminal, autrement dit, le nerf crânien n°V. Plus clairement, ce nerf va régir la réception de la douleur et la sensibilité des yeux, du crâne, du front, des paupières supérieures, de la bouche et de la mâchoire.

Suite à la dépression corticale, le nerf va être stimulé et va libérer des « messagers de la douleur » provoquant alors l’inflammation et donc la dilatation des vaisseaux sanguins du cerveau et des méninges (enveloppes nourricières et protectrices qui recouvrent le cerveau, de ce fait, qui disposent de nombreux sinus veineux). Ce mécanisme d’apparition va venir expliquer les différents symptômes de la migraine dont le caractère pulsatile de la migraine et la sensation d’étau lorsque cette dilatation touche les méninges.

 


Le diagnostic est posé par le médecin traitant ou neurologue après description clinique des différents symptômes, suite à plusieurs crises migraineuses, avec aura ou non. Il n’est pas nécessaire de passer une IRM cérébrale pour poser ce diagnostic.


       La fréquence d’apparition des migraines dépend de la personne migraineuse, l’INSERM en dénombre de quelques unes par ans à plusieurs par semaines. A noter que la personne peut tomber dans un « état migraineux » qui correspond à des céphalées quotidiennes entrecoupées d’au moins 15 crises migraineuses par mois, avec réversibilité totale de la migraine entre chaque crise, le tout présent depuis au moins trois mois. (INSERM, MSD Manuels)

 

II. 2. III : Étiologie de la migraine :


      L’origine de la migraine semblerait être génétique et héréditaire, comme l’atteste la présence de la migraine hémiplégique familiale. L’INSERM souligne dans un article de 2011, plusieurs gènes ont été identifiés selon les travaux de T. Tobias : TRPM8 (régulation douleur et chaleur), LRP1 (modulent la transmission de signaux envoyés entre corps et système nerveux) et PRDM16 (lié aux céphalées dans le sens global). Depuis, une douzaine de gènes ont été identifiés comme participants à la migraine selon l’INSERM en 2020.

      Les oestrogènes font partis des étiologies probables de la migraine, comme nous avons pu l’observer plus haut avec les migraines liées au cycle et donc à la fluctuation du taux d’oestrogène. Selon l’INSERM en 2020, la migraine est présente chez 20% des femmes et 10% des hommes uniquement.


III. Facteurs déclenchants :

La migraine est une pathologie aux multiples facteurs déclenchants, ce qui augmente son caractère handicapant.

Plusieurs facteurs semblent précipiter la crise migraineuse, voici une liste, non exhaustive qui peut aider à en circonscrire certains (INSERM 2025, MSD Manuels et La Santé sans tabou La migraine, 2019) :


  • Manque ou excès de sommeil
  • Le cycle hormonal chez les femmes, notamment à l’augmentation des oestrogènes, puberté ou ménopause. La grossesse peut quant à elle peut devenir un facteur protecteur, surtout lors du dernier trimestre. Suite à l’accouchement ou l’allaitement, les migraines sont fréquemment plus intenses et/ou plus fréquentes.
  • Alcool le vin rouge en particulier
  • Faim, notamment le saut de repas ou changement de rythme alimentaire (décalage repas)
  • Changements de temps (pression hydrométrique)
  • Une forte luminosité, clignotements de lumière
  • Odeur forte, stimulation excessive des sens
  • Stress
  • Sensibilité alimentaires (chocolat, noisettes, noix…) Le MSD Manuels en donne quelques précisions. :
    • « Aliments contenant de la tyramine, tels que fromages affinés, produits à base de soja, fèves, saucisses sèches, poisson fumé ou séché, et certaines noix
    •  Aliments contenant des nitrates, tels que hot-dogs et viandes froides
    • Aliments contenant du GMS (glutamate monosodique), un exhausteur de goût présent en restauration rapide, dans les bouillons, les assaisonnements et les épices
    • Caféine (y compris celle contenue dans le chocolat) »

 

A noter que la caféine peut être perçue par certains migraineux comme un facteur protecteur des migraines. Pour donner une précision, il faut une dose particulière de caféine, un minimum à consommer et un maximum à ne pas dépasser. Sa capacité de constriction pour les vaisseaux sanguins minore la dilatation et donc l’inflammation des vaisseaux sanguins provoquant la douleur migraineuse. Consommé en trop grande quantité, il va, à l’inverse, alimenter l’inflammation. (La Santé sans tabou La migraine, 2019)

 

IV Traitements de la migraine :


       La migraine peut être prise en charge de différentes manières. La première étape pour comprendre la maladie, se l’approprier et minorer les crises, c’est d’observer ce qui peut provoquer les migraines.

 

IV. 1. Le carnet de migraine et les facteurs déclenchants :

C’est le travail le plus important, et qui revient à la charge de la personne migraineuse : la recherche d’éléments déclencheurs.

    Pour se faire, le médecin vous conseillera de tenir un journal de céphalées/migraines. Son but est dual : repérer les facteurs déclenchants et tracer la prise des médicaments anti-douleurs pour évaluer ou non leur efficacité.

      La détection de facteurs déclenchants va permettre à la personne migraineuse de réduire en partie la fréquence de déclenchement des migraines, notamment en diminuant consciemment son exposition à ces derniers.

      Le traçage de la prise des traitements anti-douleurs a pour objectif de contrer ou d’éviter l’entrée dans un cercle vicieux : l’état migraineux. Cette entrée débute par une augmentation et une prolongation de la prise des anti-douleurs malgré une efficacité médiocre, ce qui correspond à un surdosage.

Pour remplir correctement son carnet, il faut notifier tous les jours où les migraines se déclenchent, et y noter l’intensité de la douleur, sa durée, les médicaments pris, l’horaire de prise et leur efficacité (ou non). Enfin, il est important de noter les moments avant le déclenchement de la migraine : lien avec le cycle hormonal ? Alimentation particulière (noisettes, chocolats…) ? Consommation d’alcool ? Météo le jour de la migraine… (La Santé pour tous La migraine, 2020)

     De nombreux exemples sont disponibles sur internet ici sur Partenamut (carnet) ou vous pouvez notamment trouver les applications suivantes : Migraine Buddy, Apo Migraine et Cece.

      Afin de limiter d’office les facteurs déclenchants, AMELI propose de mettre en place des habitudes de vie dans le but de diminuer le stress physique (manque de sommeil…) et émotionnel. Nous pouvons y retrouver les conseils suivants :

  • Se coucher à heure fixe avec une amplitude correcte.
  • Avoir une activité physique régulière avec notamment des activités d’endurances, (dont la marche) d’y consacrer 2h30 par semaine en moyenne, dans le but de réguler le système cardio-vasculaire.
  • Arrêt du tabac.
  • Limiter la consommation d’alcool, avoir une hydratation régulière et en quantité, avoir une alimentation équilibrée. J’ajouterais de réduire les plats transformés à défaut de pouvoir avoir une alimentation équilibrée. Une alimentation équilibrée correspond à vue d’œil une assiette constituée de ½ légumes, ¼ féculents ou glucides complexes (riz, pâtes, pomme de terre…), ¼ protéines, 2 cuillères à café de lipides (avocat, huile…), tout en limitant la consommation de boissons sucrées (AMELI). Il est important de garder en tête que ces consignes sont générales et non personnalisées. Elles sont amenées à être modifiées en cas de pratique sportive surtout dans le cadre d’une prise de masse musculaire, d’ostéoporose, de tout autre pathologie physique, neurologique ou psychiatrique, ou encore de vieillissement. AMELI propose une BD reprenant les différentes consignes adaptées en fonction de troubles du spectre de l’autisme ou handicap. (BD AMELI)
  • Évitez les lieux bruyants ou avec des jeux de lumières agressifs.

Attention, l’exclusion des facteurs déclenchants à des limites, surtout pour les facteurs alimentaires. 

      Dans ce cadre, le plus intéressant est de limiter la consommation et non d’exclure drastiquement, à cause de potentielles carences ou d’un risque d’alimenter un sentiment de frustration et de mal-être voir de stress qui peut être un autre facteur déclenchant de migraine.

      Lors d’une crise de migraine, le premier réflexe chez les personnes migraineuses est d’en atténuer les symptômes. Pour cela elles vont s’isoler, dans le noir et le silence pour éviter la photophobie et phonophobie.

 

IV. 2. Les traitements médicamenteux :


Pour toute prise d’un traitement médical, notamment en cas de migraine, veuillez vous rapprocher de vos professionnels de santé, pharmaciens, médecins généralistes, neurologue et évitez l’automédication sans conseils.

      Différents traitements sont utilisés pour la prise en charge de la migraine.

       Premièrement, nous retrouvons les traitements de crise. Selon AMELI, les Dr Giraud et Dr Chauvet, les plus utilisés dans un premier temps sont les médicaments antidouleurs généraux, comme le paracétamol ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens tel que l’ibuprofène. Nous pouvons retrouver l’association de l’aspirine avec un anti-nauséeux sur prescription médical du médecin traitant. AMELI souligne que le quota maximal de prise pour ces anti-douleurs est de 8 par mois pour éviter l’installation d’état migraineux.

Dans les traitements de crise, nous pouvons citer les triptans qui sont des anti-douleurs efficaces et spécifiques aux crises migraineuses. Ils sont délivrés en petite quantité car il est conseillé de ne pas dépasser 8 prises par mois également.

Il est intéressant de noter que la recherche médicale travaille actuellement au développement de nouveaux traitements anti-migraineux encore indisponibles en France pour le moment. D’autres médicaments de crises sont disponibles mais peu utilisés et peu recommandés.

Selon la Société Française d’Etudes des Migraines et des Céphalées et le Vidal, la prise d’un anti-inflammatoires non stéroïdiens se fait dés le début de l’aura, le triptan est à prendre au début de la céphalée (inefficace sur l’aura) et doit être renouveler uniquement si persistance ou début d’une nouvelle céphalée 24h après. Le Vidal recommande une prise de comprimé orodispersible ou de traitement nasal si la migraine est accompagnée de nausées ou de vomissements notamment en début de crise.

 

Deuxièmement, nous retrouvons les traitements de fonds, dont la prise est continue et permet de diminuer la fréquence des crises. Il est mis en place, toujours selon AMELI et MSD Manuels, par le médecin traitant ou le neurologue, lorsque les céphalées sont trop fréquentes (4 crises par mois).

Dans cette catégorie nous pouvons retrouver : les bêtabloquants, dont le rôle est d’agir sur l’augmentation de la tension artérielle dû à l’inflammation lors de la crise migraineuse, certains anti-convulsifs, mis en place par des médecins spécialisés uniquement, ou encore l’amitriptyline, un anti-dépresseur qui agit sur les migraines, sans que nous arrivions à comprendre le processus. Il peut être utilisé dans le cadre d’état migraineux notamment pour casser le cercle vicieux.  

Comme pour les traitements de crises, de nouveaux traitements sont à l’essais. Ils s’avèrent très prometteurs et plus efficaces que ceux actuels, car ils aideraient le corps à lutter contre l’inflammation des vaisseaux sanguins cérébraux et des méninges.

Lorsque les migraines sont cataméniales, trop sévères et intenses, certains traitements peuvent être pris en prophylaxie (2 jours avant l’arrivée des règles) ou gérer également avec une application d’hormones substitutives par voie cutanée. La prise d’une pilule progestative peut aussi être conseillée. Selon AMELI, La mise en place de pilule mixte, c’est à dire d’une pilule oestro-progestative est déconseillée. Le risque d’accident vasculaire peut être augmenté par la prise de cette pilule et par les migraines, d’autant plus quand elles sont accompagnées d’une aura. Ce risque est encore multiplié par une consommation de tabac. Dans tous les cas votre médecin traitant, sage-femme ou gynécologue vous aidera et conseillera sur la contraception la plus adaptée à votre situation en tenant compte de vos facteurs de risque et symptômes.

Dans de rare cas, nous pouvons citer l’utilisation de la toxine botulique dans le cadre d’état migraineux (AMELI), ou encore de la stimulation magnétique transcérébrale et de la stimulation électrique transcutanée. (La Santé pour tous La migraine, 2019)

Notons que dans le cadre de la mise en place d’un traitement de fond, l’évaluation avec un carnet de migraine est nécessaire sur au moins trois mois, afin d’en conclure ou non à son efficacité sur les migraines. (Vidal, AMELI)

 

IV.3. Les prises en charge non médicamenteuses :

Certaines prises en charge non médicamenteuses sont conseillées, en plus de la tenue du carnet de migraine, le but de ces derniers est de permettre un lâcher prise physique et émotionnel, associées si besoin à une prise en charge de l’anxiété. (La Santé pour tous La migraine 2019). Nous retrouvons différentes recommandations (La Santé pour tous, AMELI, MSD Manuels), par exemple : la sophrologie, la thérapie cognitivo-comportementale, l’acupuncture ou encore les conseils hygièno-diététiques développés plus haut, dans la partie sur le carnet des migraines et les facteurs déclenchants.

 

D’autres prises en charges sont envisageables dans le but de minorer la fréquence et l’intensité des migraines. En effet, certaines zones articulaires ou musculaires en souffrance vont affecter l’expression des migraines.

 MSD Manuels cite, entre autres, l’articulation temporo-mandibulaire (ATM), qui est le pont entre le crâne via l’os temporal, et la face avec la mandibule, c’est elle qui permet les différents mouvements de la mâchoire (Cf image 2). Nous pouvons noter qu’elle se situe en regard du ganglion trigéminal. Cette articulation est donc une zone charnière à venir investiguer dans le cadre de migraines. La personne migraineuse pourra passer par plusieurs biais : dans les cas les moins complexes, des séances chez l’ostéopathe et de la rééducation maxillo-faciale avec un kinésithérapeute spécialisé sont indiquées. Dans les cas les plus complexes, une visite chez un odontologue, voir une chirurgie maxillo-faciale puis de la rééducation kinésithérapeutique maxillo-faciale peuvent avoir des résultats probants.

Toujours selon l’article, les tensions sur les muscles occipitaux et cervicaux vont possiblement majorer les symptômes migraineux, tout comme une douleur cervicale ou encore un traumatisme crânien, récent ou ancien. Cette fois encore, des séances chez un ostéopathe couplé à de la rééducation en kinésithérapie sont envisageables.

 

IV. 4. Focus sur l’ostéopathie :

Pour rappel, une prise en charge ostéopathique est organisée de manière systémique. Le thérapeute va venir investiguer le fonctionnement et les habitudes de vie de la personne qui la consulte. Son but est d’accompagner le corps dans son processus de guérison en l’aidant avec des techniques manuelles. Il élabore un schéma de traitement en fonction des restrictions de mobilité qu’il aura diagnostiqué lors de ses tests palpatoires, à l’aide des informations tirées de l’anamnèse et de ses connaissances sur l’anatomie humaine.

L’ostéopathe tient également à sa disposition une palette de techniques qui lui permettra de travailler sur les structures anatomiques qui font parties de ce que l’on nomme le schéma lésionnel. Autrement dit, il hiérarchise les restrictions des tissus anatomiques qui maintiennent ou majorent les symptômes des migraines. Il crée ensuite un schéma de traitement, permettant de lever les restrictions en lien, ici, avec les migraines. Ainsi un traitement ostéopathique sera toujours individualisé et ne suit pas de protocole strict.

Selon chaque patient, le praticien peut être amené à travailler sur une multitude de structures différentes en lien direct ou indirect avec le processus migraineux.


Nous retrouvons comme expliqué plus tôt un travail ciblé sur l’ATM, via les muscles masticateurs et cervicaux ou un travail sur l’articulation en elle-même. L’ostéopathe pourra travailler sur la zone traumatisée, à distance, en travaillant sur les adaptations musculaires et articulaires induites par le traumatisme, voir sur la cicatrice s’il y en a une.


Dans la céphalée migraineuse, nous retrouvons le processus inflammatoire qui utilise le réseau vasculaire des méninges et du cerveau, sur lequel le praticien pourra s’attarder lors de son traitement ostéopathique.

Un travail peut également être réalisé via des structures anatomiques qui ont un lien indirect avec le crâne. Nous pouvons envisager un travail sur les attaches des viscères cervicaux et ceux contenu dans la cage thoracique, la cage thoracique elle-même, ou encore sur la ceinture scapulaire (qui comportent les 5 articulations de l’épaule), toujours sur le même principe : en travaillant sur les liens musculaires et viscéraux.

 

Nous pouvons également citer le travail de l’axe cranio-sacré, via l’une des méninges du crâne : la dure mère. Elle enveloppe le cerveau et la moelle épinière, permet la circulation du liquide céphalo-rachidien et s’arrête au niveau du sacrum. Le praticien pourra donc travailler tout le long de la colonne vertébrale mais également sur les organes pelviens, les muscles abdominaux, les articulations ou les muscles du bassin par ses liens anatomiques dit à distance.


En pratique, l’ostéopathe travaillera en fonction de ses ressentis palpatoires couplés aux informations recueillies lors de l’anamnèse.

Enfin votre praticien est à même de vous donner des conseils, adaptés et personnalisés, et si nécessaire vous orienter vers un professionnel adapté à votre situation (neurologue, médecin traitant, kinésithérapeute…).

L’ostéopathie peut apporter un confort de vie aux personnes migraineuses en fonction de leur profil et l’origine de la douleur. Un suivi en ostéopathie pourra également être intéressant si la séance à été bénéfique, notamment avec une baisse de la fréquence des migraines et/ou de leur intensité.

 

 

SOURCES :

https://presse.inserm.fr/la-migraine-une-affaire-de-genes/13639/

https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/headache-disorders

https://www.presses.ehesp.fr/sigle/dalys-disability-adjusted-life-years/

https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/mal-tete/definition-causes

https://santebd.org/mieux-manger-pour-prendre-soin-de-ma-sante#viewer

https://www.inserm.fr/dossier/migraine/

https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/troubles-du-cerveau-de-la-moelle-épinière-et-des-nerfs/céphalées/présentation-des-céphalées

https://www.vidal.fr/maladies/douleurs-fievres/migraine/traitements-migraine.html

https://sfemc.fr/

https://www.partenamut.be/fr/blog-sante-et-bien-etre/sante/femmes/migraine-femmes

Dr. P GIRAUD, Dr S. CHAUVET, La Santé sans tabou La migraine, éditions Mango, Août 2019

K. VOIGT et al., Efficacy of Osteopathic Manipulative Treatment of Female Patients with Migraine: Results of a Randomized Controlled Trial, March 2011, Journal of alternative and complementary medicine (New York, N.Y.)17(3):225-230 

F. Ceretelli et al. Clinical effectiveness of osteopathic treatment in chronic migraine: 3-Armed randomized controlled trial. Complementary therapies in medecine, April 2015

H V Sharath Et al, A Review on Osteopathic Manipulation in Patients With Headache, Août 2024

Images tirées de l’application : ATLAS VISIBLE BODY®

 



Article de Morgane Aubry
Morgane Aubry

Ostéopathe - Basic-Fit, Les Eléis, Quai de l Entrepôt, 50100 Cherbourg-en-Cotentin

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